Open Food Facts

Je n’ai jamais rien écrit, non pas parce que je n’ai jamais appris à écrire mais parce qu’il me fallait, et il me faut encore là maintenant, me persuader que ce que j’écris est réellement digne d’intérêt.

Mais ce qu’il y a de bien dans les relations, c’est que les autres nous encouragent à faire des choses que nous n’aurions jamais faites.

J’ai la chance d’exercer un métier qui me permet de voyager de par le monde, de vivre avec une personne qui m’aime pour ce que je suis, même avec mes incohérences, et d’avoir un entourage qui aussi m’aime, j’ai la chance de pouvoir me laver, dormir, manger, me divertir, d’avoir fait des études, de choisir, bref : je ne manque de rien.

Dans cette grande chance d’avoir toutes mes facultés physiques et peut être cérébrales, j’ai surtout la chance de comprendre, d’appréhender et d’interpréter le monde qui m’entoure à mon niveau et à ma manière.

Open Food Facts / Monkey Dose

Pendant des années je n’ai jamais prôné mon appartenance aux végétariens et je ne pense pas être le mec prise de tête dans les repas qui fait la morale à tout bout de champ (enfin j’espère ! Si mes potes me lisent, faites-moi signe si je deviens relou !)

Je crois que dans le fond, pour moi, le problème est surtout lié à la manière de consommer en général, ce qui a malheureusement déséquilibré le monde occidental et sa relation avec le monde en général. Attention, la notion de souffrance animale est bien ancrée dans mon esprit et reste présente, mais notre mode de consommation nous a transformé en horribles meurtriers envers les animaux, envers les végétaux (pesticides à gogo), la terre et l’eau. J’ai compris aussi une chose élémentaire, c’est que nous faisons partie d’un ensemble et que nous dépendons fatalement de notre milieu.

Je me suis souvent dit durant mes voyages dans divers pays, que finalement, en Europe, nous avons de la chance. La chance de choisir ce que l’on veut manger et la chance de ne manquer de rien. Nous ne manquons tellement de rien que tout nous semble accessible et nous perdons la notion de besoin et du nécessaire (super je viens de décrire la société de consommation). En fait nous ne savons plus réellement ce que nous mangeons. Les saucisses viennent du saucissonnier, le jambon en consommé tout plat sous plastique, les céréales hyper sucrées sont encensées par un tigre-basketteur. Bref la vie n’est pas trop violente et on ne se fait jamais chier chez nous, dans un supermarché.

Gif supermarket

La première fois où cela m’a réellement sauté au visage c’était en Mongolie. Là bas chez les Mongoles, ils consomment des produits laitiers comme les yaourts et le fromage, de l’alcool (absolument dégueulasse) et du mouton, matin midi et soir, et parfois encore un peu le soir avant de dormir… Grand désarroi pour moi qui ne consomme pas de viande. Mais ce qu’il y a de frappant pour ces peuples carnassiers, c’est qu’ils ne mangent pas toutes les viandes, jamais d’agneau par exemple, et ils ne comprendraient pas pourquoi on mangerait un animal en devenir capable d’engendrer un autre animal. Pour un peuple vivant de l’élevage avec des revenus faibles, cela n’aurait aucun sens. Manger les petits des animaux est tout simplement contre nature pour eux et c’est un caprice de riche. Idem, il est inconcevable d’abattre un animal sans l’utiliser dans sa totalité (sauf les yeux et les os) (quoiqu’une amie Sibérienne m’a raconté qu’elle avait dû manger une soupe d’oeil de Rennes en plat de luxe dans une région du nord de la Sibérie, chez les Evenks – bon courage).

Gif no way food

La deuxième prise de conscience, toujours en Mongolie, en aidant un médecin pour une consultation médicale auprès d’une nomade souffrant d’hypertension et de maux de têtes. Ce dernier conseilla à cette femme de réduire sa consommation de viande et de s’orienter plus vers les fruits et les légumes. La réaction de la nomade fut simple : “Ici, hormis du choux et des patates qui sont vendus dans les petits commerces des villages avoisinants, il n’y a pas de fruits ni de légumes frais, et les céréales ne poussent pas dans la steppe”. Et on garde à l’esprit que les tracteurs n’ont pas d’essence en pleine steppe, que les rivières en crues inondent tout, que quand il gèle la terre éclate et qu’il n’y a que très peu de montagnes. Donc l’idée du lac collinaire pour arroser les cultures n’est pas envisageable non plus. Bref on a de la chance de savoir ce que c’est qu’une salade de tomates.

Ces 2 éléments imbriqués, mon problème dépassa le stade de la viande et arriva au stade de la consommation. Il est devenu pour moi tout aussi incompréhensible de manger de la viande en Europe, que de consommer des fraises du Maroc en plein mois de décembre, voir même de manger des concombres bio en sachet plastique sous-vide. Mais comme tout le monde, je me fais avoir par les emballages, les beaux packagings etc…

Donc peut-être que pour les puristes, non je ne suis pas végétarien, peut-être que pour les carnosaures je suis salement végétarien, que pour les végétaliens je n’ai pas été au bout du bout, que pour Hannibal Lecter je rate une tarte qui a le goût du poulet, et que, pour les zoophiles, je n’ai pas compris la joie et l’intérêt d’embrasser un cochon sur la bouche, que pour ceux qui veulent rendre vegan leur crocodile de compagnie je n’ai rien compris à la vie, etc.. etc… Mais à mon petit niveau, j’essaye de comprendre et faire ce qui a réellement du sens pour moi, et je crois fermement que les choix alimentaires dépendent de notre milieu et que nous sommes totalement responsables des actes accomplis pour satisfaire nos envies et non pas nos nécessités alimentaires. Si nous voulons toujours plus de viande et de légumes divers (quoique si on rase des arbres pour y planter des semences nous n’aurons pas plus de diversité), si nous voulons que des produits exceptionnels deviennent courants, nous devrons envahir de nouveaux espaces, ce qui veut dire détruire, transformer et coloniser des terres non adaptées. Le plus grand danger pour la terre et l’humanité est l’uniformisation du monde. Une sorte d’eugénisme alimentaire.

Je n’ai rien contre ceux qui mangent de la viande, pas plus que contre ceux qui refusent de manger du gluten, ou sans sucre. Je n’ai pas de solution pour la marche de l’humanité mais il est clair qu’une consommation raisonnée dans son ensemble (producteurs locaux, circuits courts, nourriture adaptées aux saisons etc…)  et une transition végétarienne sont nécessaires. Cela peut être 1 jour par semaine ou 1 semaine par mois ou toute la vie, on s’en fout en fait, faites le mieux pour vous en étant persuadé que cela aide les autres pour réduire les dégâts et peut-être inverser la balance.

Gif Bruce Lee

Au passage je vous laisse le lien de l’application OPEN FOOD FACTS.

C’est une base de données sur les produits alimentaires faite par tout le monde, pour tout le monde. Elle vous permet de faire des choix plus informés, et comme les données sont ouvertes (open data), tout le monde peut les utiliser pour tout usage. http://fr.openfoodfacts.org/

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8 réponses

  1. Hoareau dit :

    Un autre élément est la santé. On oublie de réaliser que ce qu’on mange influe sur notre santé et on préfère faire comme on a l’habitude.
    Effectivement, on a tendance à consommer et manger comme nous l’a appris notre famille, notre culture.

    Merci aux Internets qui si on fait attention aux flux d’info massif, peut nous apprendre à faire différemment. Que consommer du maca et du chia, peut aider naturellement, sans faire appel aux grands groupes pharmaceutiques.
    Merci au DIY, qui nous donne envie de faire les choses de nos mains, plutôt que d’acheter tout fait.

    J’aime croire que notre conscience et notre relation à la nature change. Et qu’on ira vers plus de respect des régimes alimentaires de chacun. Beaucoup autour de moi testent des choses différentes, régimes sans gluten (après différentes opérations des yeux qui ont flingué le foie et l’estomac par exemple et qui redécouvrent ce que veut dire bien dormir, ne pas être balloné…).

    Espoir!

    Et pour ce qui est de démarrer un blog: c’est magique.
    Tout le monde à quelque chose à dire, et beaucoup ont envie d’écouter des discours un peu différents et sincères.
    Bravo!

    • Nicolas dit :

      Il parait qu’ au japon on considère que : le premier médicament que l’on ingère est ce dont on se nourrit.
      Finalement tout à une vrai logique!! ce que l’on consomme, comment on le consomme et notre santé.
      Merci pour le petit mot d’encouragement pour l’écriture. C’est vrai que ce n’est pas facile dutout de se sentir légitime vis-à-vis d’un sujet dont on ne peut pas tout raconter, ni tout cerner…
      Merci encore pour ces mots!

  2. Jorislaloutre dit :

    Superbe article que je n’avais pas vu passer.
    En tant que consommateur de bidoche, j’arrive complètement à comprendre ton raisonnement.
    J’ai tenté 6 mois d’être végétarien et pour moi le manque était trop puissant 🙁

    Par contre au niveau de la conso locale nous (+ Juju, Ewen) avons toujours essayé d’être au max, consommer de la viande ->oui mais moins souvent et avec plus de qualité (au final le porte feuille ne bouge pas trop), quand je parle de qualité je parle du coté local et de faire attention à qui on achète, car au final si on réfléchi, si on achète de la viande de M%*?E, on paye plus l’essence du camion qui la transporte que le produit en lui même.

    Enfin bref je pas continuer, on a bien compris où je voulais en venir….. Je suis tout à fait d’accord avec toi nico 🙂

    • Nicolas dit :

      Hey!! Merci Joris!! Je trouve déjà hyper cool de regarder ce que l’on achète pour ne pas bouffer n’importe quoi et rien que ça 90% du boulot est fait. Je crois que ce qui me fout la trouille c’est vraiment l’uniformisation des espaces et des espèces, car de là peut découler des tonnes de problèmes (épidémies, contaminations etc…) et on perdrait toute notre diversité. La dernière fois j’ai entendu une interview sur France Inter, d’un des représentant de Greenpeace qui disait que ce n’était PAS QUE la catastrophe, et que la prise de conscience de la population au niveau de la consommation et du recyclage avait fait évoluer EN BIEN les pronostiques portant sur l’état des écosystèmes terrestres. Finalement on y arrive! 🙂

  3. JB dit :

    Ton article reflète ce a quoi j’aspire sans pouvoir l’atteindre totalement pour l’instant. La progression est le maitre mot. Changer ses habitudes n’est pas simple et changer ses habitudes alimentaire l’est encore moins.
    Tu as la légitimité d’écrire ton ressenti et ton expérience vis a vis d’un sujet particulier. Tu n’impose pas ton point de vue comme ce qu’il faut faire mais comme un point de vue parmi d’autre, ta vision personnel qui n’engage que toi.
    Perso je la trouve très saine mais c’est également mon avis personnel. c’est peut-être parce que je la partage.

    Bref. Merci pour ton article. Votre blog est vraiment cool
    JB

    • Nicolas dit :

      Raaaah je réponds tellement tard à ce si gentil commentaire!!! Désolé désolé!! Mais je réponds quand même!!! 😀 . Il me semble qu’il n’y a pas de réels bons choix , mais qu’il se fait selon notre cadre de vie, nos questions et surtout notre indulgence vis à vis de nos efforts. Ce que je veux dire par là c’est que simplement que faire un effort, c’est le plus important dans la démarche car cela implique qu’il y aura une progression personnelle et que c’est cette recherche personnelle qui est la plus importante. il y en aura toujours pour dire que ce n’est pas assez ou que l’un est mieux que l’autre. Mais il ne faut pas se comparer à ce qui n’est pas comparable. un système de consommation dans une grande ville n’est pas le même que dans une petite ville, les moyens sont différents, les contraintes sont différentes… Si on fait de son mieux et que l’on essaye d’être content de soi dans la recherche de son bien être et de celui de la planète alors c’est -je crois- une vrai victoire!

  4. Pioda dit :

    Bonjour pourquoi, si jusqu’à présent tu restais discret sur le fait que tu es végétarien, il est important pour toi d’en parler ouvertement?
    C’est intéressant d’aborder ce sujet avec l’éclairage de ce voyage et d’une autre culture, un autre contexte. Cela permet de relativiser et de donner un autre éclairage sur nos repères. Merci

    • Nicolas dit :

      Merci pour ce commentaire! C’est cool! En fait si j’en parle c’est que Nadia m’a dit à juste titre que : « Si finalement tu n’en parles pas aux gens qui t’entourent, et bien pour eux tu restes dans leur esprit « indécis » et finalement ça ne fait rien changer dans leur manière de penser » un peu comme si c’était juste un caprice de quelqu’un qui « n’aime pas la viande » alors que de ne pas en manger est un vrai choix (souffrance animale, sur-consommation, gâchis etc… ). Je crois que pour ce point là c’est important d’en parler ouvertement juste pour dire que je ne veux pas que ça me poursuive même chez les autres. Et encore plus ceux chez qui les repères sont proches des miens car finalement ça n’a rien changé sauf plus de curiosité sans réelle incompréhension. Pas simple quand même comme combat intérieur 😀 😀 😀

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