Le jour où je suis devenue végétarienne

Je suis alsacienne et à l’état embryonnaire je devais déjà me gaver de bidoche. J’adore la tarte flambée, un apéro ne se fait pas sans un bon sauciflard, et je ne refuse jamais un bon steak et encore moins le sandoc merguez des puces de Maubeuge.

Quand mon frère est devenu végétarien, je n’ai pas compris et je n’ai même pas cherché à comprendre. Pourquoi arrêter de se faire plaisir !?

“Tu sais que c’est de la merde hein ?”

Il se marrait en me regardant manger ma saucisse de viande, et je me marrais aussi. Parce que oui, je le savais, mais la fuite par la poilade était facile.

Il y a quelques années j’ai arrêté de manger de la viande. La vérité c’est que j’ai arrêté d’en acheter mais je continuais à en manger chez les autres. Mais c’est déjà ça non ?

Le jour où je suis devenue végétarienne / Monkey Dose

Et puis il y a quelques mois je me suis demandé quel avait été LE déclic pour les autres. J’ai presque honte de le dire aujourd’hui mais je cherchais le mien. Alors j’ai voulu savoir à quel moment et pourquoi les actuels végétariens se sont dit “j’arrête”. J’ai fouillé le net à la recherche de témoignages et je suis tombée sur un article de Slate. À plusieurs reprises, le livre de Jonathan Safran Foer, “Faut-il manger les animaux ?” était cité. Je l’ai acheté dans la foulée.

Ma tête était blindée de questions, le livre m’apportait mine de réponses et j’avais peine à ne pas aborder le sujet avec tout le monde. Et plus j’en parlais plus je me retrouvais face à des miroirs. L’incohérence des autres ne faisait que refléter ma propre incohérence. Les propos étaient souvent aussi contradictoires que les miens. Les mots étaient tellement en désaccord avec les actes que c’en était insensé.

Le livre est bien entamé. Nous sommes en route pour un weekend de fête, je questionne encore et je m’emballe en parlant de ma nouvelle bible, et je réalise que c’est là, maintenant. Parce que ce weekend il y aura du saucisson, du jambon, des crevettes et qu’avec tout ce que je sais maintenant et tout ce que je pense, ce serait me trahir que d’avaler encore le moindre bout de viande.

Putain ça a été dur ! J’ai refusé la salade au jambon de bayonne, j’ai dit non aux roulés au jambon, j’ai pris de la paëlla sans crevettes et j’ai pas niaqué un gramme de saucisson. Mais je savais pourquoi je le faisais et j’étais fière d’enfin faire un choix.

J’ai continué la lecture et j’ai continué à me poser des questions.

Et maintenant ?

Je vais être la nouvelle végétarienne relou ? Je vais mal juger les autres pour quelque chose que j’ai fait moi aussi ? Et en société, je vais faire comment ? Pourquoi je vais arrêter de me faire plaisir ? Et comment je peux partager ce qui me semble aujourd’hui si évident ?

Maintenant, je me souviens encore des goûts que j’ai aimé mais la vérité me dégoûte. Je ne mange plus de viande et ma réflexion me pousse doucement sur le chemin du végétalisme et le veganisme trouve lui aussi sa place. Parce que plus je me renseigne sur le sujet plus je trouve tout ça complètement taré. Mais il faut du courage et de la volonté pour ouvrir les yeux et je n’en ai pas toujours.

Maintenant, je sais que je suis aussi la nouvelle casse burnes, mais parce que le sujet de la nourriture est lourd de sens. Ce n’est pas que ce qu’on mange et ce qu’on fait manger à nos enfants, c’est aussi ce qu’on inflige aux autres êtres vivants et ce qu’on crée pour la terre qui nous accueille.

Maintenant, je m’efforce de ne pas mal juger les autres parce que ce serait complètement con de ne pas comprendre, et surtout, de faire comme si j’avais toujours été végétarienne et comme s’il ne m’avait pas fallu une réflexion et un parcours.

Maintenant je suis de moins en moins gênée de refuser un plat ou de prévenir de ma nouvelle alimentation. J’ai posé, à ma meilleure amie, végétarienne depuis presque toujours et vegan depuis longtemps, cette question :

Tu agis comment toi ?

Elle a répondu :

J’en ai rien à foutre

Je me suis marrée. Pas parce que je la trouvais gonflée mais parce qu’au fond ma question était ridicule. Pourquoi je devrais être gênée d’un choix ?

Le jour où je suis devenue végétarienne / Monkey Dose

J’apprends à m’en foutre de passer pour la relou de service, j’apprends à m’en foutre de refuser un plat préparé avec amour (…). Parce qu’accepter par politesse c’est tout d’abord idiot, et qu’accepter les exceptions enverrait le message que je mange encore de la viande et rien ne changerait au final.

Maintenant, pourquoi arrêter de se faire plaisir !? Parce que je ne suis pas plus importante que les autres êtres vivants et que je n’ai pas à dominer une autre espèce. Parce que c’est complètement vide de sens d’aimer à ce point les animaux mais d’accepter qu’on les tue pour les manger. Parce que cette culture détruit l’espace où nous vivons. Parce que c’est abusif et insensé tout ce mal. Et je ne veux plus manger de ce mal. Et ce n’est pas comme si je n’avais pas le luxe du choix. Dans d’autres pays la question ne se pose pas car il est question de survie, mais ici ? Il est question d’humanité… Je ne vous montre pas de vidéos horribles ou d’images ignobles mais demandez-vous pourquoi vous n’aimeriez de toute façon pas les voir.

Maintenant, je me suis demandée ce que je pouvais faire pour que d’autres aient aussi le déclic. Parce que je ne doute pas deux secondes du paquet de gens posés le cul entre deux chaises. Puis j’ai supposé que raconter simplement mon histoire donnerait peut-être envie à l’un ou l’autre de se questionner. Alors oui j’essaie d’entraîner les autres sur mon chemin, mais parce que je ne doute pas que ce soit le meilleur des chemins.

Le jour où je suis devenue végétarienne / Monkey Dose

 

Article publié sur  ☞ Le Huffington Post !

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10 réponses

  1. Aby Amélie dit :

    Les habitudes ont la vie dure, de moins en moins de viande…parfois des semaines sans mais quand j’en mange je regarde bizarre mon assiette….bref, ça vient mais ce n’est pas simple.

  2. Loren dit :

    Je suis en train de devenir végétarienne aussi mais même problème que toi, la choucroute bordel !

    • Nadia dit :

      Honte à l’alsacienne que je suis mais je n’ai jamais mangé une seule choucroute ! L’odeur m’en a toujours tenu éloignée !
      Mais la charcut…. aïe aïe aïe… Je pensais ça impossible et finalement..!

  3. Je l’avais lu sur Medium, il me semble cet article.
    J’avais aimé et partagé à l’époque.

    Et j’avoue j’ai essayé de raisonner mon alimentation. Mais j’ai encore du mal à me passer de chorizo et mozarella. Ce qui est bête, parce que je vivrais très bien sans… Du coup, j’essaie d’acheter local, en me disant que ça aide un peu l’environnement…

    • Nadia dit :

      Oui je l’avais écrit sur Medium avant que le blog n’existe !
      Ne pas réussir à se passer de chorizo et de mozzarella n’annule en rien tous les autres actes, chacun fait ce qu’il peut et c’est déjà pas mal ! Je suis la première à encore être dépendante de produits dont j’aimerais savoir me passer !

  4. Tu vois, ton article sur le poisson m’amène à celui-ci, et comme tu le dis bien; je fais certainement partie de ces gens qui ont le cul « entre 2 chaises ». J’ai bien conscience du sujet de la souffrance animale, j’ai vu quantité de reportages qui me donnent la gerbe et pourtant je ne suis toujours pas convaincue. Pourquoi ? parce que moi qui suis de plus en plus attirée par le « retour au naturel, retour aux sources »; je me dis que justement dans la nature, la chaine alimentaire; c’est que les plus gros animaux bouffent les plus petits. Alors oui, c’est de la survie; mais bon les ours vont pas arrêter de chopper des saumons; les mouettes de pécher les sardines … Évidemment l’homme est doté de la capacité de jugement et de faire des choix. La question que je me pose; c’est donc, dans un monde idéal et parfait où les animaux seraient abattus respectueusement, sans surconsommation et en réponse aux besoins primaires; serais-tu tout de même végétarienne ? Je réalise en l’écrivant que ma question est surement complétement con. Mais bon étant donné que je m’interroge sur le sujet (et en toute franchise je pourrais lire le bouquin dont tu parles mais je ne m’en sens pas le courage -ni le temps- actuellement); je la pose quand même 😉

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