Le jour du Nadaam

 

Pour ce dernier article sur la Mongolie, il me semblait important de présenter enfin un peu les coutumes de ce pays !


Pour ceux qui auraient raté le début je vous laisse les liens des précédents articles là-dessous :

 ☞ La prochaine croisade : le premier article, quelques jours avant le départ, pour expliquer la mission anthropologique !

☞ Tromper les démons : l’article un peu Hors série de la mission, avec une histoire incroyable !

Retour dans la Steppe : On en est parti et bien on y revient avec du nouveau !


Le point fort de ces missions est notre collaboration Franco-Mongole, ce qui nous permet une plus grande immersion auprès des population locales et des peuples nomades. Cette année, nous avons eu droit à un « petit » Nadaam dans le camp organisé par le chef de la mission Archéologique Mongole, Turbat.

Le Nadaam  : c’est la fête nationale qui a lieu les 11,12 et 13 Juillet où des épreuves de lutte Mongole « Booh », de course équestre et de tir à l’arc se disputent dans toutes les régions de la Mongolie. La grande finale se déroule à Ulan Baator où les gagnants deviendront les « Héros du peuple ». Les femmes et les hommes se les arrachent : interview, offrandes, petits bonbons, chouchous, beignets, Royal Cône au chocolat, pop-corn Baff etc !  Les récompenses sont assez simples : un gros 4X4, un appartement et de la thune raz le Janjin (chapeau Mongole qui monte très haut en pointe) et un petit cake (ça non, le lutteur il s’en fout).

 

 

Au programme de ce Nadaam : course de chevaux, banquet et lutte, avec aussi quelques prix à la clef (des bouquins, de la nourriture et un peu d’argent). Nous nous sommes retrouvés à 70/80 dans le camp et tous les nomades des alentours concouraient.

Ce qui est intéressant dans ces moments là, c’est le caractère sacré de l’événement, et ce, quelque soit son ampleur. Il y a une étape de préparation, de présentation, d’organisation, un sérieux remarquable face aux épreuves et un véritable sentiment de fête ! Les hommes, les femmes et les enfants sont bien habillés pour cette grande occasion, la remise des prix est solennelle et les échanges entre hôtes et convives sont importants. C’est un jour exceptionnel pour toute la Mongolie.

La journée a débuté par l’arrivée dans des camions des chevaux de courses, brossés et parés en prévision de la course de 7km prévue dans la steppe. La particularité de ces courses, c’est que seuls les enfants sont habilités à concourir (ils sont plus légers, donc le cheval est plus rapide) . Notre plus jeune cavalier devait avoir 4 ans à tout casser !

 

 

À cheval, le regard de ces enfants se transforme, il devient adulte, et une fois le pied au sol l’innocence revient, comme si rien ne s’était passé…

Mon calcul est donc hyper simple : ils ont de 4 à 8 ans et quand ils chevauchent on dirait qu’ils ont la maturité de plusieurs générations, j’estime leur âge moyen à la naissance de 227 ans. Ils doivent donc avoir à peu près 230 ans quand ils chevauchent. C’est vieux pour des jeunes, non?!

Pour en revenir à la course, les cavaliers se retrouvent au point d’arrivée et commencent à chanter en chevauchant en cercle pour « initier » leurs montures. Au bout de quelques tours, ils se dirigent au trot vers la ligne de départ.

 

 

Ikhee notre ami et chauffeur nous attendait au départ pour nous conduire pleine bourre dans la steppe au milieu de la course et des cavaliers pour être au coeur de l’action. La scène était digne d’un film de Sergio Leone. Tout défilait à 100km/h (c’est une expression hein…) et comble de joie pour moi, la veille les Mongoles avaient acheté un taureau pour la « fête » et l’ont abattu à la hache (je confirme et signe pour de bon mon refus de manger de la viande). Les morceaux de la bestiole débitée ont été stockés dans le camion qui nous transportait… Bref, j’ai fait mes photos assis sur 150kg de barbaque encore saignante… On ne se lasse jamais de l’exotisme.

 

 

Une fois la course terminée tout le monde est redescendu vers le camp où Saruul, notre cuisinière de l’extrême, avait préparé un repas/banquet pantagruélique, le tout posé sur un enfilement de tables immense délimitant l’arène des lutteurs. 

 

 

La lutte est elle aussi régie par un cérémonial. Il y a l’enregistrement des participants, la présentation des lutteurs qui exécutent le « mouvement de l’aigle » pour que le public puisse apprécier « la bête« , puis les combats, et pour finir la nomination du vainqueur avec la remise des prix. 

Petit détail cocasse, dans la lutte Mongole il n’y a pas de catégories de poids… Ce qui veut dire qu’un Ouistiti peut tomber sur un Golgoth. Le combat ne dure pas longtemps !

 

 

Les nomades et les étudiants ont donc concouru, avec un léger avantage pour les nomades qui ont l’habitude de maîtriser des bêtes donc autant dire que lorsqu’un nomade réussissait à « attraper » un étudiant plutôt citadin, ce dernier ne faisait pas long feu et se retrouvait vite fait plié en 2 au le sol !

(Vous vous doutez bien que je n’ai pas concouru, car même remonté comme une pile et surentraîné en creusant nos tombes, l’idée de sentir 2 pattes de lutteur mongole m’attraper et me plier tel un vieux carton pour que mon dos craque comme de la biscotte ne m’enchantait que moyennement !)

 

 

Encore une fois cette mission fut un moment à part, 1 mois suspendu autant dans le temps que dans l’espace. Plus aucun contact avec l’extérieur, juste nous et la steppe, à vivre selon les aléas du temps, à se sentir dépendant du moindre petit changement.

Forcément tout le monde vous dira que l’on revient changé de ce genre de voyage. Mais je crois qu’il faut garder à l’esprit qu’une vrai coupure entraîne un décalage avec « la » réalité. Cela demande toujours un temps de reconnection avec son monde. De retour, on reprend une course qui ne s’est jamais arrêtée. C’est trop rapide, c’est trop présent, c’est trop de questions, tout est trop… Les évidences du quotidien sont gommées par les « bruits » qui parasitent nos perceptions et nous font oublier que parfois il faut s’arrêter pour regarder le temps passer et reprendre son « esprit » en main. Je crois que l’on ne revient pas changé mais juste avec moins de « fausses » certitudes. On fait un pas de plus, dans son voyage intérieur. Maintenant j’essaye d’apprendre à savoir couper mon quotidien, ici ou ailleurs, pour porter un autre regard sur ce qui est déjà là et me rendre compte de la chance que l’on a.

 

 

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16 réponses

  1. Irene dit :

    Merci pour ce superbe reportage (dont les notes d’humour sont appréciables) 🙂

  2. Jolies lueurs dit :

    Coucou !

    Encore de superbes photos, le N&B leur donne une atmosphère toute particulière, une saveur intemporelle…
    C’est vraiment incroyable de pouvoir participer à ces festivités, très enrichissant !
    Sympa les anecdotes (LOL, le poids plume contre le Golgoth, ça doit être cocasse !)
    A bientôt !

    • Nicolas dit :

      Le noir et blanc ça donne de suite un vrai sentiment d’éternité. Si un jour tu veux visiter la Mongolie, vas-y en juillet et tu pourras profiter pleinement du Nadaam. Tu feras parti de la population locale sans le moindre souci. Les gens de là-bas adorent partager ces moments avec les autres (touristes ou pas)

  3. Très belles photos !!!!
    Et c’est super intéressant comme article 🙂 Et est-ce qu’il y a des épreuves aussi pour les femmes, les luttes sont mixtes, ou il n’y a tout simplement pas de femmes qui participent ?
    En tout cas j’avais l’impression de me retrouver en pleines légendes en lisant ton article, hors du temps, en fait j’ai eu l’impression que toi aussi et ça me l’a retransposé 😉

  4. Nadia toutes ces photos sont vraiment à tomber !!! Comme suspendues dans le temps. Ce qui est le principe d’une photo tu me diras, mais là je ne sais pas comment dire… ça se voit vraiment !
    Et je me suis bien marrée quand tu parles de lutte sans catégorie définie, ça doit donner des trucs cocasses 😛 Quel beau reportage en tout point !
    Bon weekend à toi, bizzzz

    • Nicolas dit :

      Les flux se croisent 😀 Merci pour ton message, je suis content que les photos parlent d’elles mêmes. l’idée était de pouvoir regarder les images sans les légender pour que chacun vive à sa manière ce qu’il voit et ressent.

  5. Merci une fois de plus pour le partage de cette belle expérience Nicolas! On se croirait hors du temps en regardant tes clichés et en te lisant… Dans un monde où l’humain est au centre, où le monde extérieur et son brouhaha trop lointains pour nous atteindre, une parenthèse hors du temps en quelque sorte. Merci pour ce voyage en mots et en photos!

  6. J’aimerais beaucoup aller en Mongolie, c’est sympa d’avoir des articles sur les traditions locales!

  7. Tes photos sont incroyables et ton récit inspirant ! Merci !

  8. OMG, les images sont justes superbes 😀 La Mongolie est un pays qui me tente beaucoup !

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