Le client est Roi (et ça, il ne le sait que trop)

Quand on est freelance, la relation émotion/travail/client peut s’avérer très difficile.

En gros, tu veux faire le métier que tu aimes, mais tu as du mal à lâcher le morceau vis-à-vis de tes exigences personnelles. Surtout quand les demandes de certains clients transforment ton travail en une sombre merde (si, si) (heureusement pas tous).

Mais pour arriver à la destruction totale d’un boulot, on passe généralement par quelques étapes récurrentes :

 

Étape 1 : Le projet du client

La demande est presque toujours la même : proposer quelque chose de novateur et d’osé, de beau et de pas cher. Ah! et si ça pouvait aussi être hyper rapide ce serait parfait !

Avant de perdre plus de temps, il convient de se concentrer sur 3 paramètres très bien illustrés par le tableau ci-dessous :

 

Le client est Roi illustration brief budget client

 

En général cela plante le décor et annonce ce qu’il va se passer par la suite !

 

Le client est Roi illustration client brief budget

 

Faites moi quelque chose de classe !

Est-ce que, à un moment donné, ce client peut imaginer que je lui réponde : « Tu fais bien de me le préciser parce que j’avais réellement l’intention de faire de la merde et j’adore quand mon travail est horrible !« 

Je me suis rendu compte, avec le temps, que le terme « classe » ne voulait absolument rien dire et que ce n’était qu’une question de point de vue. Ce que je trouve élégant n’est pas forcément ce que l’autre considère comme « classe« . À méditer !

 

Mais si c’est trop classe ça ne risque pas de me desservir ?

Penses-tu, que, si je fais un truc tout pourri, ça va bien t’aider ?

 

Je veux ça !

Le client te présente quelque chose qui n’a aucun rapport avec son secteur d’activité mais qu’il a adoré et te balance qu’il veut exactement la même chose.

Un peu comme si le fromager du coin te présentait le générique de True Detective pour la comm’ de sa fromagerie.

Il va falloir expliquer que je ne suis pas le réalisateur du générique de True Détective, que ça demande un vrai budget, qu’il va falloir engager du monde pour ce travail, que ça ne peut pas se faire en échange de 10 Cabécous, que c’est super mais que ça a déjà été fait mille fois (merci l’originalité) et que je ne vois pas le rapport entre le fromage et 2 enquêteurs.

Il y en a des tonnes comme ça et à chaque fois je me fais surprendre par une nouvelle phrase qui sort des buissons !

Bref, tu verrouilles un max la demande et les contraintes, car ce petit jeu de toréador va continuer tout le long de la commande.

Et c’est habituellement à ce moment là que ton client te trouve « pas très cool et pas très patient pour un créatif ».

 

Le client est Roi gif panda crazy

 

 

Étape 2 : L’exécution

C’est un peu comme si on reprenait tout à partir de zéro.

Joie et bonne humeur, on crée des choses ! On veut faire plaisir (parce que c’est super bien comme sensation et que c’est important), on est emballé, on a des idées, on propose plein de choses différentes. Bing ! Erreur ! Le client ne va jamais pouvoir choisir, mais tu dois et veux montrer tout ce que tu as fait.

Résultat, 2 possibilités selon la position de ton client dans l’entreprise :

  • Il flippe. Car lors de sa demande initiale il était déjà fébrile et il demande à tout le monde un avis pour être sûr a 2155445875663% de ne pas se tromper. Alors forcément le choix se fera sur le visuel qui sera le moins audacieux et encore revu à la baisse car dans ce genre de situation c’est celui qui aura l’idée la moins « dangereuse » qui va gagner. On appelle ça niveler par le bas…
  • Il aime tout, il veut tout. Mais dans un seul visuel…

 

Je veux une tarte aux pommes, mais ton gratin de pâtes est vraiment bon, sans parler de ces escargots maître d’hôtel : mélangez moi tout ça, j’adore !

 

Mais toi tu sais que ça va être dégueulasse !

 

Le client est Roi gif bambi breath

 

Entre temps, ce client t’explique un peu ton métier, parce qu’il ne faut pas déconner, tout le monde peut faire ce que tu fais.

Ça te vexe et tu redeviens le mec moins cool car il faut cadrer et aider à trancher pour ne pas trop saborder le navire. Le tout bien sûr en prenant un maximum de pincettes et de considérations envers les envies de ton client (beh oui, quand même, le client est roi !) et en n’oubliant pas que l’important c’est quand même d’avoir un bon résultat !

 

Étape 3 : le résultat final

Après avoir tout essayé, tu finis par faire le moins pire. Et ça t’as pris 3 fois plus de temps et d’investissement que prévu par rapport au budget initial.

Mais c’est pas fini, l’esprit créatif de ton client se réveille et commence à te demander des trucs incohérents :

 

On peut faire rire la modèle sur la photo ? (vite, la fonction poilade sur photoshop…)

Peux-tu mettre cette image que j’ai faite avec mon smartphone ? Je la préfère, mais pense aussi à enlever ma mère en arrière plan !

Et des flammes, on peut mettre des flammes ?

 

Le client est Roi gif brief Louis de Funès what the fuck

 

Enfin, le résultat final se pointe. Avec l’envie irrépressible de ton client de déroger aux conditions d’exploitation de ton travail initialement établies !

Parce que oui, en achetant ta création, le client pense parfois qu’il en devient propriétaire légal et qu’il peut en faire ce qu’il veut.

Mais…

Si j’achète un film en DVD, est-ce que j’ai le droit de le diffuser dans un lieu public et de faire payer la place ?

Si j’achète ses créas à un dessinateur, est-ce que j’ai le droit d’en faire un bouquin et de les vendre ?

Si j’achète une carte postale True Detective, est-ce que j’ai le droit d’en faire un 4 par 3 pour ma fromagerie ?

 

Le client est Roi gif no no no Margaret Thatcher

 

Sur ce grand final, je vous laisse, j’ai chopé des fonds d’écran Ghibli, je vais en faire une expo !

 

Le client est Roi gif boy umbrella

 

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25 réponses

  1. aha c’est tellement vrai cet article, les clients relous qui voudraient tout pour rien, et y en a beaucoup comme partout malheureusement 🙂

  2. Nab dit :

    😀 Bon courage pour ton expo de fond d’écrans! Envoie-moi la date du vernissage, j’ai hâte de voir çaaaaa!

    • Nicolas dit :

      Oh beh ça devrait être rapide, le plus long c’est l’impression sur une imprimante jet d’encre. Je vais peut etre aussi rajouter quelques art-toys de « mon voisin totoro » j’en ai trouvé des pas cher sur ebay 😀

  3. Joris dit :

    Article vraiment top.
    Merci NIco 🙂

    • Nicolas dit :

      Au delà de la crise de nerf ça fait bien marrer ce genre de situation. 😀
      Tout le monde ce tape ce genre de personnage mais les pires sont toujours :
      – soit celui qui est fébrile parce qu’il est pas sûr à 100% de lui donc il remet ton boulot en cause (et te fait faire 20000 fois les mêmes conneries mais tu comprends il n’est pas sûr donc faut être certain… bref le mec t’es certain que son métier c’est pas démineur.
      – soit celui qui est trop sûr de ce qu’il pense qui t’impose son idée (et si ça fait un bide il repose l’echec sur tes épaules parce que lui il aurait fait bien mieux)
      Bref on ne fait que se marrer 😀

  4. lucie dit :

    tellement vrai ! Journaliste freelance, je connais ces spécimens j’ai même tendance à dire qu’ils sont de plus en plus nombreux…

    • Nicolas dit :

      Moi je garde toujours le tableau (avec les cercles beau / pas cher / rapide ) sous le coude mais je ne peux jamais le montrer parce que c’est la vérité crue.. mais pourtant c’est toujours le même scénario. Le dernier en date a considéré (une fois le boulot finit validé et livré) que si il avait payé (juste le boulot, pas les droits ni rien d’autre) , selon lui, il avait droit à toutes mes recherches : les droits, les archives (ma bagnole, mes pompes et mon calbut)
      Celui là était hors catégorie, on sort du tableau 😀

  5. Vanessa dit :

    J’ai tellement ri, mais tellement ! La métaphore du Cabecou à la sauce True Detective m’a achevée 😂
    Mais… comme pour les petites phrases de boulot que Nadia avait postées tantôt, je ris et puis…. Passée la poilade je vous admire de pouvoir garder votre calme devant tant d’incohérence, de mépris et de ( disons le ) bêtise… ça ne viendrait à l’idée de personne d’appeler les stylistes de chez The Kooples en leur disant que ouais c’est bien le concept couple mais est ce qu’on peut revoir le côté noir et blanc et plutôt incruster des trucs à la Desigual ? WTF ?
    Bref… Il faut une patience d’ange pour réussir à bosser sans perdre son âme et je m’incline et compatis
    Et puis z’aussi je vous souhaite une merveilleuse année plein de de projets, de voyages, de rires et avec un minimum voire pas de clients béotiens !
    Bisous 😘

    • Nicolas dit :

      Bonne et heureuse année à toi Vanessa!
      Merci pour le gentil message c’est trop cool! On travaille notre esprit Zazen avec ce genre de situation. Pas facile de savoir quand il faut laisser courir ou marquer la limite avec les demandes des clients… Je me fais quand même tout le temps surprendre et avoir. Ha! l’émotionnel quand tu nous tiens.
      Bisous 🙂

  6. Génial mais malheureusement trop vrai !!

  7. Haha j’ai bien rigolé en lisant ton article ! J’adore le tableau de l’étape 1 😛 ça doit être vraiment difficile à gérer ce genre de spécimen ^^

  8. Tatar Mariana dit :

    Ton article est vraiment super! Ton ton humoristique tombe à pic, c’est vrai qu’avec les clients compliqués c’est pas toujours la joie…
    Courage! :p

    • Nicolas dit :

      Merci Mariana, La seule solution c’est de ce marrer et de laisser parfois passer les choses simplement, sinon tu ne peux plus faire le métier que tu aimes.

  9. Ton article est très intéressant ! Cette pointe d’humour le rend encore plus vrai 🙂 Bravo

  10. Ena dit :

    Haha! Super article, très marrant! Je compatis…Courage!! 🙂

    • Nicolas dit :

      Merci Ena (hey! tu as vu? je suis vachement innovant au début de toutes mes réponses!)
      Je ne suis tellement pas le seul face à ce genre de situation et le plus dur c’est de ne pas faire la même chose que les clients quand on est à leur place (genre quand on va acheter pain au chocolat et que l’on dit: hum… ils ne sont pas super beaux vos pains au chocolat, je les aimes avec du sucre dessus… vous n’auriez pas mieux? – Et là je me dis… je suis comme les autres…. )

  11. laurent dit :

    Enorme, ça m’aura fait bien rire (je me moque pas hein, je compatis ) et ça me décrispe un peu par rapport à la situation que je traverse actuellement avec des clients….

  12. Ribis dit :

    Oh la la ! oui effectivement, le client qui porte sa photo de téléphone et qui souhaite une affiche avec, oui, on me l’a déjà faite celle-ci :0 et qui dit mais c’est facile, il faut juste l’imprimer en plus gros ah ah ah ah ah ah la bonne poilade 🙂 merci pour cet article

    • Nicolas dit :

      Et bien sur le moment ça ne fait même pas poiler, parce que on hésite à y croire 😀 . C’est après, à la seconde vague, quand le mec te file un peu un cours sur ton métier que là on se poile vraiment 😀 Courage avec tes clients! 🙂 🙂 🙂

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